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«Après tout, je suis une battante.»

Josette Clerc* est atteinte de BPCO, une maladie pulmonaire grave et incurable. Pour elle, quelques heures passées en dehors de son appartement représentent un vrai moment de bonheur. De temps à autre, elle peut s’offrir cette escapade grâce à son unité d’oxygène mobile.

Elle semble revenir de ses courses. Josette Clerc traverse le couloir pour se rendre dans la cuisine en tirant un petit chariot derrière elle. Toutefois, il apparaît vite qu’il ne s’agit pas d’un chariot de courses, mais de l’inséparable compagnon de Josette Clerc: une unité d’oxygène portable. Elle souffre de BPCO, une maladie pulmonaire, qui l’empêche de plus en plus de respirer en raison d’une inflammation chronique et d’un rétrécissement des voies respiratoires. Depuis plus de quatre ans, elle reste tributaire 24 heures sur 24 d’un apport supplémentaire d’oxygène. Elle porte des «lunettes à oxygène» raccordées par un long tuyau à un grand réservoir. Sans cet appareil, Josette Clerc ne pourrait pas respirer plus de dix minutes, car elle n’aurait plus assez d’oxygène. Elle est aujourd’hui équipée de l’unité mobile d’oxygène. Cela lui permet de respirer pendant près de trois heures. Josette Clerc l’utilise lorsqu’elle sort de la maison.

L’enchaînement fatal

Tout a commencé au cours de l’hiver 1997. Josette Clerc a fait une chute à ski, s’est cassée le bras et s’est déboîtée l’épaule. Par ailleurs, elle a souffert pendant plusieurs mois de fortes douleurs dorsales. Après plusieurs traitements, les médecins ne voyaient plus qu’une seule solution: une partie de la colonne vertébrale avait dû être solidifiée. Deux ans après sa chute, Josette Clerc a dû subir une lourde opération du dos. «J’étais très affaiblie, les nombreux traitements et l’opération m’avaient épuisée», racontet- elle. Mais le pire restait à venir. Au même moment, Josette Clerc souffrait de plus en plus souvent de difficultés respiratoires. Elle devait faire des inhalations trois fois par jour afin de mieux respirer. Le médecin a diagnostiqué une BPCO. Les années suivantes, la maladie pulmonaire a continué d’empirer malgré les traitements. C’est une caractéristique de la BPCO. La maladie est incurable, mais les douleurs peuvent être soulagées par des médicaments et un entraînement physique.

L’enfermement

Depuis lors, le traitement fait partie de son quotidien. Josette Clerc commence sa journée à 7 heures avec une inhalation et déjeune à 9 heures. Elle passe ensuite sa journée à cuisiner, lire, regarder la télévision, téléphoner ou coudre. Elle est en effet couturière de métier. Les exercices physiques quotidiens font également partie du traitement. «Dans ce cas, je règle l’oxygène sur le niveau deux», explique- t-elle en montrant le réservoir, dont elle peut varier l’alimentation en fonction des efforts. Elle reçoit deux fois par an la visite d’une conseillère de la Ligue pulmonaire chargée de la conseiller et de la soutenir. Elle doit également se rendre une fois par an à l’hôpital pour passer des examens médicaux, afin de tester sa fonction pulmonaire et de procéder à de nouveaux réglages d’oxygène. Sinon, il est rare que Josette Clerc sorte de chez elle, elle passe en effet la plupart de ses journées dans son appartement. «Lorsque je vais manger à l’extérieur avec ma fille c’est toujours un événement», confie-t-elle. Elle n’ose pas sortir de chez elle toute seule. Dans la mesure où elle est tributaire de l’oxygène, elle doit planifier ses sorties avec minutie. «Mais je ne suis jamais tout à fait certaine que l’oxygène va réellement suffire», déplore- t-elle.

Le sentiment de bonheur

Josette Clerc va chercher un petit album photo dans son salon. Elle montre les photos de ses quatre enfants et ses neuf petits-enfants. Ils représentent tout pour elle. Le mari de Josette Clerc est décédé il y a deux ans. Une perte, qu’elle ne parviendra jamais à surmonter, pas seulement en raison de l’aide qu’il lui a apportée pendant la maladie, mais surtout pour les discussions qu’ils avaient, ainsi que le soutien et la confiance qu’il lui témoignait. Sa fille l’aide à laver son linge et à effectuer les autres travaux ménagers, son fils se charge, quant à lui, de toute la correspondance. Sans leur aide, Josette Clerc ne pourrait plus habiter dans son appartement. Sa voisine se charge des achats et dépose chaque jour le journal devant la porte de son appartement au deuxième étage. Ce rituel permet de s’assurer que tout va bien. Si un jour Josette Clerc ne ramassait pas le journal, sa voisine déclencherait aussitôt l’alerte. La Ligue pulmonaire lui fournit également une aide: des visites régulières, une permanence téléphonique 24 heures sur 24 qu’elle peut appeler si elle rencontre des problèmes avec la distribution d’oxygène, des séjours bol d’air, des séjours de détente accompagnés destinés aux personnes atteintes de maladies pulmonaires. Josette Clerc en parle encore aujourd’hui avec enthousiasme. «L’encadrement était génial », s’exclame-t-elle.

Aller de l’avant

«Il est très difficile d’accepter de l’aide quand on a, depuis toujours, mené une vie indépendante», explique Josette Clerc. Même si, aujourd’hui, elle peut encore faire beaucoup de choses toute seule, elle sait qu’avec l’âge et la progression de la maladie, elle aura de plus en plus besoin d’aide. De toute façon, elle s’est déjà inscrite dans une maison de retraite. Son plus grand souhait serait de pouvoir de nouveau sortir toute seule, même si ce n’est que pour faire une petite promenade. «J’y pense tous les jours, mais je n’ose pas. Cependant, j’y travaille, après tout, je suis une battante», explique Josette Clerc en riant. Jusque là elle se maintiendra en forme en faisant des exercices physiques. Une de ses filles, qui habite en Australie, lui a offert un lecteur DVD avec un DVD comportant des photos de sa maison située à l’autre bout de la terre. Cela permet à Josette Clerc de voyager, même si elle ne pourra jamais voir l’Australie de ses propres yeux.

 

Valentina Röschli,  

journaliste, Zurich

 

* Nom modifié par la rédaction

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