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«Le traitement m’a changé la vie.»

Tous les matins, Jean Matthey* se sentait complètement épuisé. Lors de ses trajets en voiture, il avait des «coups de pompe» et devait régulièrement s’arrêter pour dormir quelques minutes. Un jour, il s’est assoupi au volant et s’est déporté sur la voie de gauche. Un camion arrivait en face. A la dernière seconde, Jean Matthey s’est réveillé et a pu donner un coup de volant pour éviter le poids lourd. Le premier choc passé, il a pris conscience qu’il fallait faire quelque chose contre son extrême fatigue. Il a donc consulté son médecin qui a posé le diagnostic de syndrome d’apnées du sommeil.

Jean Matthey, 43 ans, est l’heureux papa de deux fillettes de 11 et 4 ans. Fromager de métier, il travaille actuellement au sein d’une association interprofessionnelle regroupant producteurs laitiers, fromagers et affineurs, où il s’occupe de marketing et de sponsoring. Son travail l’amène à être beaucoup sur les routes. Enfant déjà, il souffrait de problèmes des voies respiratoires, avec des rhumes fréquents et un nez toujours bouché. Une ablation des végétations et des amygdales n’a pas apporté l’amélioration espérée. Avec les années, une fatigue persistante et prononcée s’ajoute aux problèmes respiratoires. Jeune homme déjà, il s’endort souvent à table à la fin des repas avec des amis. Il doit aussi lutter contre le sommeil dès qu’une séance se prolonge. Il rencontre Corinne*, qui deviendra son épouse. Dès le début de leur relation, elle lui dit qu’il respire très fort la nuit. Jean Matthey se souvient: «Je ne ronflais pas vraiment fort, mais je respirais bruyamment. Déjà à 9 heures du matin, j’étais ‹crevé› et devais arrêter ma voiture pour dormir quelques minutes. J’attribuais cette fatigue à mon travail et aux longues heures de route.» Sa vie sociale s’en ressent. Jean Matthey commence à redouter les invitations: va-t-il à nouveau s’endormir à table ou passer la soirée à lutter péniblement contre le sommeil au lieu de profiter de ce bon moment? Sa femme s’inquiète et le pousse à consulter un médecin. Même s’il ne se sent pas malade, il lui promet d’aborder le problème à la prochaine consultati

En danger de mort

Avant que Jean Matthey ait l’occasion de parler de son extrême fatigue au médecin, il manque de peu de perdre la vie. Un matin, il s’assoupit au volant et se déporte sur la voie de gauche. A la dernière seconde, il se réveille et donne un coup de volant qui lui permet d’éviter de justesse une collision frontale avec un camion. Jean Matthey raconte avec émotion: «Je me suis arrêté au bord de la route, j’étais paniqué, mon coeur battait à tout rompre!» En une fraction de seconde, Jean Matthey réalise les conséquences catastrophiques que l’accident aurait eues: son décès ou un grave handicap, leur impact sur la vie de ses filles et de sa femme, le danger pour les autres conducteurs: «J’ai compris à cet instant qu’il fallait faire quelque chose, et vite …»

311 arrêts respiratoires en 5 heures!

Jean Matthey consulte alors rapidement un médecin qui, sur la base de ses premières constatations, l’envoie en consultation chez un pneumologue qui fait pratiquer une polysomnographie – un examen effectué dans un laboratoire du sommeil. Il passe ainsi une nuit à l’hôpital, branché à divers appareils de mesure. Le résultat est éloquent puisqu’il fait 311 arrêts respiratoires nocturnes en 5 heures! Le diagnostic est clair: Jean Matthey souffre d’apnées du sommeil.

Retrouver enfin un bon sommeil

Son médecin adresse Jean Matthey à la Ligue pulmonaire pour le traitement. Il y reçoit un appareil CPAP (l’abréviation de Continuous Positive Airway Pressure) et la conseillère de la Ligue lui explique le fonctionnement de l’appareil et la manière de fixer le masque. L’appareil insuffle de l’air en pression légèrement positive dans les voies respiratoires et empêche les arrêts respiratoires nocturnes. Jean Matthey retrouve enfin un sommeil reposant. «Le traitement m’a changé la vie. Il m’a bien sûr fallu deux ou trois nuits pour m’habituer au masque, mais j’ai décidé dès le début d’être positif malgré les petits désagréments. L’appareil fait bien moins de bruit que je n’en faisais auparavant avec mes apnées et il ne gêne donc pas ma femme.» Pour les deux fillettes de Jean Matthey, le fait que leur papa dorme avec ce masque n’a rien d’étrange. Quand on lui demande ce qu’elle pense de cet appareil bizarre, Lauriane*, 11 ans, répond avec un haussement d’épaules: «Ben quoi, c’est juste une machine qui aide mon papa à mieux respirer!» L’appareil CPAP est devenu pour Jean Matthey un objet aussi familier et indispensable que sa brosse à dents. D’ailleurs, il l’a malencontreusement oublié l’an dernier en partant en vacances: «Je l’ai fait envoyer par la poste, mais le colis a traîné et je l’ai attendu 9 jours. J’ai senti la différence … Heureusement que c’étaient les vacances!»

Le diagnostic sauve des vies

Depuis que son syndrome d’apnées du sommeil est traité, Jean Matthey a repris normalement toutes ses activités d’autrefois: «Je ressens bien sûr parfois de la fatigue, mais je n’ai plus d’appréhension de sortir en soirée. Je fais aussi du vélo et du ski, bref, je mène une vie tout à fait normale. Et quand je vois des copains qui s’endorment comme cela m’arrivait autrefois, je leur parle du syndrome d’apnées du sommeil: plusieurs sont allés consulter. Il faut que les gens sachent que le traitement peut sauver des vies.» Jean Matthey rencontre régulièrement sa conseillère de la Ligue pulmonaire. «Je la connais maintenant depuis 8 ans et elle fait presque partie de la famille. Elle contrôle l’appareil, répond à mes questions et me montre les nouveautés. Je sais qu’au moindre problème, je peux en toute confiance m’adresser à elle.» Il fait aussi partie d’un groupe d’échanges d’expériences de personnes atteintes d’apnées du sommeil. Chacun peut partager avec les autres ses succès, ses soucis ou ses tuyaux pour mieux vivre avec la maladie: «Cela me permet de ne pas me sentir isolé face à la maladie. Ces échanges sont importants pour moi».

 

Sonia Martin,

journaliste, Yvonand

 

* Noms modifiés par la rédaction

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