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Un matin de 1989, alors que je faisais un check-up chez mon médecin de famille, je mesuis endormi sur le lit d’examens radiologiques. «Souffrez-vous de fatigue diurne extrême?» me demanda alors mon médecin. Et là, devant le docteur, tout m’apparut très clairement: mais oui, selon toute évidence! J’étais fatigué tôt le matin déjà. Ne m’étais-je pas endormi debout dans le métro, à Paris? N’avais-je pas pris conscience que conduire une voiture était devenu un acte dangereux au point que j’évitais les autoroutes et que, sur les routes cantonales, je cherchais les fontaines pour me rincer les yeux à l’eau froide! Et combien je me sentais faible le matin au bureau, déjà vanné bien avant midi et arrivant à peine à me concentrer! Inutile de dire que je m’endormais devant la télé et que je ronflais comme un bûcheron.
Ma femme m’observait avec inquiétude. D’abord, parce que mes interruptions respiratoires qui duraient des minutes entières me réveillaienten sursaut à la recherche d’oxygène et la faisaient du même coup brutalement sortir du sommeil. Nous ne les avons pas considérées tout de suite comme un symptôme révélateur. Pourtant, lorsque j’expliquais à mon médecin traitant que ma femme se réveillait brutalement chaque nuit parce qu’après plusieurs interruptions respiratoires, durant parfois plusieurs minutes, je suffoquais littéralement, il me fit comprendre que la situation était grave.
A l’Hôpital de l’Ile à Berne, les spécialistes constatèrent d’abord qu’il n’était pas possible de m’aider au moyen d’une opération. Leur constat était clair: pharynx anormalement étroit avec affaissement de la musculature ettroubles des voies respiratoires. Un test au laboratoire de sommeil (une sorte de cabine sombre avec surveillance à l’infrarouge) était donc de mise. Dans ce laboratoire, au moyen d’électrodes placées sur la tête et diverses parties du corps, les spécialistes firent des mesures qui étaient alarmantes: la nuit, au lieu d’inspirer 90 pour cent d’oxygène, j’en absorbais moins de 60 pour cent. Le diagnostic tomba: syndrome d’apnées du sommeil! Les trois nuits suivantes, on me mit un masque nasal raccordé par un tuyau à un appareil respiratoire qui se chargeait d’amener de l’air dans mes poumons grâce à une légère surpression. Mes voies respiratoires restaient ainsi ouvertes et je devais expirer par le nez pour compenser cette légère pression. Pour être tout à fait franc, il ne m’a pas été très facile de m’y faire. Mais la réussite était totale. Jugez plutôt: je respirais plus de 95 pour cent d’oxygène pendant mon sommeil et, après avoir dormi six heures, j’étais reposé, frais et dispos.
Depuis ce moment-là, je suis le plus heureux des hommes face à ce trouble. Je n’ai plus jamais passé une seule nuit sans mon appareil CPAP. Cette machine à dormir m’accompagne partout, en Suisse ou à l’étranger. Bien sûr, il y a des fonctionnaires chicaniers aux douanes ou dans les aéroports. Ils me demandent même souvent de mettre l’appareil en service, ou de remplir des déclarations en douane. Pourtant, ces tracasseries administratives ne sont rien en comparaison de l’énergie et de la qualité de vie gagnées. Evidemment, dans le lit conjugal, ce masque respiratoire n’est pas d’un érotisme torride: c’est pourquoi je ne le mets en fonction que lorsque l’obscurité règne dans notre chambre à coucher. Ma femme me dit: „Je suis soulagée lorsque j’entends le doux ronronnement de ton appareil à dormir.“
Depuis des années la Ligue pulmonaire de Berne m’aide et me soutient d’une manière exemplaire. J’y loue mon appareil, le CPAP, avec tous ses accessoires. C’est aussi là qu’à ma demande, il est ajusté, contrôlé ou échangé. Ma caisse-maladie en assume les frais. L’appareil fonctionne selon le principe de la «pression hyperbare positive continue».
Texte: Rolf Mühlemann
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